En temps de crise, les inégalités ressortent plus fortes. A quels points les acquis sont fragiles et les droits incertains.

En fonction de nos situations, de qui nous sommes, qu’aurons-nous vécus de ce confinement ?

Qu’est-ce que cela a révélé de nos névroses, de nos privilèges, de la route sans fin que l’on prend sans même se retourner.

Qu’est-ce que cela dit de nos sociétés, de nous.

Les tabous autour de la santé sexuelle des femmes et des minorités de genre est un sujet que je souhaite aborder depuis longtemps.

Désinformé.e.s, Invisibilisé.e.s, mal traité.e.s, nos sexes paient le prix fort et le rapport à notre santé sexuelle se construit majoritairement

dans la souffrance.

Très rapidement avec l'apparition des règles, puis avec le développement d'une sexualité généralement hétérophallocentrée (et les complications

qui y sont liées) mais bien évidemment aussi la grossesse ou encore la ménopause.

Il nous est enseigné très tôt que la douleur fera partie de nos vies, et qu'il n'est pas d'usage de s'en plaindre. 

Car, au delà des injustices biologiques, apparaissent les injustices politiques. Il s'agit de douleurs. Il s'agit de maux tus, étouffés, diminués,

jugés par ceux qui ne les vivent pas. Les lois qui régissent nos vies sexuelles, notre santé, sont elles aussi rédigées et votées

par bon nombre de personnes qui ne connaitront jamais ce qui nous est infligé.

TABOU.E  2.0(20)

exposition virtuelle

entre douleur et jouissance

 

GUIDE AUDIO

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TABOU.E, c'est Einfühlung de Robert Vischer.

C'est le moment où l’expérience de soi est transcendée par la création, se réalise en elle, prend vie.

C'est une forme de thérapie, de salut. Car lorsque l’expérience de soi se vit dans la douleur, sa matérialisation prend forme de soin.

Elle prend sens en cure, elle soigne, elle apaise.

Être femme, ou " minorité de genre ", c'est pour beaucoup d'entre nous (car je ne me permettrais pas de parler au nom de tous.te.s), être douleur.

C'est d'abord l'exclusion, la catégorisation, le classement en numéro deux que l'on vit dès l'enfance.

Deux, c'est le premier numéro de notre code de sécurité sociale, écrit sur notre carte vitale.

La première chose qui nous inscrit dans le système de santé. C'est dire si c'est fort symboliquement. Les mots, les chiffres sont des signifiants.

Le numéro deux, c'est la place que nous attribut le système hétéropatriarcal à la naissance.

Enfant, malgré nous, on nous enseigne notre place de seconde et on nous enjoint de nous y tenir.

Première douleur de l'âme, de l'égo, traumatique.

L'apprentissage de la société se fait directement dans la douleur, dans la ségrégation, dans le rejet, dans la domination et l'humiliation.

On l’intègre insidieusement au fil des ans. On finit par le croire, le reproduire et pire, le transmettre.

Quand rompre la chaîne ?

On nait seconde d'une société qui creusera la faille de la blessure égotique qu'elle nous a infligé

et laissera pourrir en nous le sentiment d'une valeur bancale. Que l'on ne vienne pas me parler de confiance en soi.

Ce après quoi, vient la douleur du corps.

Encore un sort.

Encore nous.

Le corps change et s'abat alors une lourde torpeur.

De faille de soi en feuille de soin.

Une pluie d'aiguille dans le dos et dans le ventre. Une chronicité de la douleur.

Un non sens. Une injustice de plus.

Et c'est alors le début - ou plutôt, la continuité - d'une longue blessure de l'être.

Car vivre femme, c'est un continuum de douleurs.

Dans l'âme, puis dans la chair.

Et le taire.

Einfühlung est ensuite devenu " empathie " dans le langage.

TABOU.E c'est l'empathie.

C'est prendre la douleur. La montrer au grand jour.

La cristalliser.

Et la faire exister, c'est nous faire exister.

Be who you needed

when you were younger

- Brad Montague

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TABOU.E : 1ère SÉRIE

De l'idée à l'action :

le passage au réel

Féministe de longue date, j'ai toujours voulu briser le silence qui réside autour du(es) sexe(s) féminin(s),

des soins, des maltraitances, des croyances qui l'entourent.

Mais comment aborder ce sujet ?

Après des années de réflexion silencieuse, d'introspection, de lectures, de débats et de combats contre la désinformation (voire la mésinformation),

le premier pas m'est apparu plus clairement : y aller de façon frontale. Aller directement au cœur du problème : le sexe.

Au sens de l'appareil génital et reproductif.

C'est de lui dont il s'agit, l'objet central de tout ce ramdam corporel et mental, et qui pourtant n'apparait nul part.

C'était lui qu'il fallait désormais arriver à montrer et démystifier.

Encore fallait-il savoir comment s'y prendre ?

Quel process se met en place lorsque l'on lance pour projet de photographier des vulves ?

Que devient mon rôle, en tant que photographe ?

Le premier objectif est avant tout, la bienveillance envers les modèles et leur bien-être.

Sortir de l'expérience plus fort.e.s et non plus traumatisé.e.s. En parler, échanger, dire ses craintes et ses doutes

et finalement poser les mots qui déclencheront le go : " Mais c'est vrai, pourquoi cette gêne ? "

Il aura fallu beaucoup de courage et un peu de folie aux modèles pour accepter de participer à la première édition,

être trailblazer, et ouvrir la voie.

Partis pris esthétiques et politiques

Il est très difficile de dissocier le politique

de l'esthétique dans ce projet, car ils sont

très imbriqués l'un à l'autre.

A mes yeux, l'esthétique sert le politique,

et c'est là que nait une des fonctions

majeures de l'Art.

Le choix du collage de photographies de vulves sur des photographies de voyage

permettait à la fois d'adoucir le propos - somme toute un peu brutal -,

tout en mettant en scène et en mouvement des sexes féminins.

La symbolique de l'exploration derrière le voyage, amène à la réappropriation

d'espaces et de temporalités demeurant l'apanage masculin. 

à travers la ville , la route ou la nuit, par exemple.

 

Le parti pris artistique du collage vient probablement

de la méthode de doubles expositions que je pratique en argentique.

C'est par ce biais que j'ai beaucoup appris sur les techniques photographiques et c'est un traitement de l'image qui me plait, car il brouille les messages.

Il laisse le doute chez l'observateur.rice,

menant plus facilement à un questionnement.

Ce qui est moins le cas, lorsque le sujet est compréhensible et saisissable tout de suite.

La lumière néon est un outil que j'affectionne particulièrement

et que j'utilise beaucoup dans mon travail.

C'est une esthétique plutôt cinématographique qui rappelle

les univers de science-fiction, et que je retrouvais

également beaucoup lors de mes shootings dans les grandes villes, la nuit.

 

J'ai choisi de travailler avec cette lumière, car elle permet de dulcifier l'aspect très brut du gros plan,

tout en créant une aura mystérieuse, rappelant quelque part les légendes et facéties auxquelles

les sexes féminins sont rattachés.

Cela permet notamment de créer une distance nécessaire entre

sujet et observateur.rice, aidant à l'identification et à la projection.

Par ailleurs, ces couleurs quasi aliens s'opposent à ce

que notre œil est habitué à voir de la chair des femmes.

 

Que ce soit à travers la publicité ou la pornographie, elle est la plupart du temps" male gazée "

(vu à travers le prisme masculin hétérosexuel).

Cet autre regard nous aident à concevoir

des sexes désérotisés,

à repenser le nu, à libérer le corps des femmes

catégoriquement objectifié

et ramené à sa dimension sexuelle.

Ainsi, il est fréquent que l'on ne se rende pas instantanément compte que ce sont des sexes,

et cela permet de véhiculer et de transmettre des informations de façon bienveillante,tout en changeant les représentations sociales.

GUIDE AUDIO

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" voyage "

TAlk confiné :

la santé sexuelle

Portraits confinés :

self glorification

par Aimé Pestel

Dessins par Aimé Pestel
Transartivist. Dessinateur symbolique et explicite. Autiste. Psychosociologue.

 

«  Mon travail a vocation d'empowerment et d'auto-représentation / célébration intracommunautaire (LGBTQIA+).
Nos corps et nos cœurs sont hors-normes et nous sommes belleaux.
George Sand disait : "Nous ne sommes pas seulement corps, ou seulement esprit; nous sommes corps et esprit tout ensemble."
Alors brillons tou.te.s ensemble. »
Aimé

TABOU.E : 2ème SÉRIE

" Clip art "

Du shooting en autoportrait au vernissage numérique : une exposition en temps de pandémie

Le Kitsch s'invite dans cette 2ème édition

avec des imprimés léopards, des couleurs acidulées et pastels

et des collages fleuris.

Confinement oblige, cette série de TABOU.E a été réalisée en auto-portrait par les modèles.

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Bien qu'ayant essayé de guider les modèles,

mon travail de photographe s'est trouvé transformé,

ce qui m'a poussée à davantage

travailler l'édition des photos

L'intégration du clip art,

très représentatif d'une génération,

a servi la dimension onirique et poétique de la série

Très attirée par les cultures pop et web,

mais aussi par le collage papier plus traditionnel,

j'ai voulu explorer ces mélanges

Le surréalisme étant déjà présent dans mon

univers esthétique initial, cela me permettait d'aller

plus loin dans la création d'un voyage à part

ZOOM SUR

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A exposition hybride, écoutes hybrides.

Je vous propose de laisser la parole à Paloma Colombe

à travers l'épisode " Sexualité " issu de sa série de podcast " Ecoute-là "

remerciements

 

Merci aux modèles qui ont fait preuve de courage et d'audace,

et sans qui ce projet n'aurait pas vu le jour.

Merci aux interviewé.e.s confiné.e.s : Laura Berlingo, Ghada Hatem,

Myriam Levain, Aimé Pestel, MashaSexplique, Illana Weizman.

Merci à Aimé Pestel pour ses dessins.

Merci à Paloma Colombes pour son podcast Ecoute-là sur la sexualité et la playlist "Sex"

Une grande pensée à celleux que je devais interviewer avant le vernissage.

TABOU.E continue tout l'été et d'autres interviews seront bientôt présentes au sein de l'exposition virtuelle.

Mes remerciements à mes partenaires médias qui soutiennent les artistes pendant ce temps de crise,

Fisheye Magazine et Cheek Magazine.

ET merci à vous d'être arrivé jusqu'ici 😏🏆


 

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